
Depuis les premières heures des frappes conjointes menées par Israël et les États-Unis contre des installations stratégiques iraniennes, la classe politique belge observe avec inquiétu de l'embrasement d'une région déjà meurtrie. Mais au sein du gouvernement De Wever, un homme s'est distingué par la clarté — certains diront la brutalité — de ses déclarations : Theo Francken, ministre de la Défense, figure de proue de la N-VA.
Dans une série d'interviews accordées notamment à Euronews et à plusieurs médias flamands, Francken a défendu une thèse qui résume son analyse de la crise : l'attaque était « absolument justifiée », et tenter de « décapiter le régime des ayatollahs » constitue, selon lui, « une cause juste ».
« Ce régime va tomber, cela ne fait aucun doute. La question est de savoir combien de temps la communauté internationale sera encore complice de son maintien. » — Theo Francken, ministre belge de la Défense
Pour comprendre la posture de Francken, il faut saisir la nature de la menace qu'il perçoit dans le régime iranien. Le ministre ne se contente pas de critiquer la politique étrangère de Téhéran : il en dresse un portrait global et sombre. L'Iran, selon lui, opprime sa population de manière inimaginable. Il cite les dizaines de milliers de manifestants pacifiques tués lors des récentes vagues de répression, rappelant le mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022 et ses suites sanglantes.
Mais la menace ne s'arrête pas aux frontières iraniennes. Francken dresse une géographie de l'influence déstabilisatrice de Téhéran : financement du Hamas, soutien au Hezbollah, appui aux milices houthies au Yémen. Et, dans un glissement qui a retenu l'attention, il affirme que l'Iran entretient des cellules dormantes en Europe — et jusqu'à Bruxelles même. Une affirmation grave, qui n'a pas manqué de provoquer des réactions dans les milieux du renseignement belge.
Le droit international, une question « pour les juristes »
Sur le plan juridique, la position de Francken est plus inconfortable. Interrogé sur la légalité des frappes au regard du droit international, le ministre a répondu que cette question était « pour les juristes ». Il reconnaît adhérer au principe du droit international mais constate, dit-il, son impuissance structurelle dès lors que l'Iran bénéficiait d'un veto de facto au Conseil de sécurité via la Russie.
Sa critique des Nations Unies va plus loin. Il qualifie le Conseil de sécurité de « club de copinage », incapable de réagir face aux crimes les plus atroces. Une formule qui illustre une vision résolument pragmatique , voire réaliste , des relations internationales, dans laquelle les contraintes morales priment sur les procédures formelles lorsque ces dernières sont paralysées.
La Belgique en observateur engagé, non en belligérant
Malgré l'intensité rhétorique de ses déclarations, Francken a pris soin de poser une limite claire : la Belgique ne participera pas militairement aux frappes offensives. Cette ligne rouge est non négociable, a-t-il insisté, et s'inscrit dans le respect des engagements constitutionnels et parlementaires du pays.

En revanche, le ministre a évoqué la possibilité d'un engagement défensif dans des pays comme la Jordanie ou les Émirats arabes unis, si ceux-ci venaient à être menacés. Une telle contribution serait, selon lui, « en ligne avec le droit international », relevant de la défense collective d'États souverains et alliés face à une agression.
Un Iran libre, séculier et pro-occidental : le vœu et la conviction
Ce qui distingue peut-être le plus Francken d'autres responsables politiques européens, c'est sa vision de l'avenir iranien. Loin de se limiter à une condamnation du présent, il formule un objectif : voir émerger un Iran « libre, séculier et pro-occidental ». Il reconnaît lui-même que cette perspective est « impossible et impensable » dans le cadre de la théocratie actuelle — mais c'est précisément pourquoi, selon sa logique, la chute du régime est non seulement souhaitable, mais inéluctable.
Sa conclusion est tranchante : « Ce régime va tomber, cela ne fait aucun doute. » Une prophétie politique autant qu'une conviction stratégique, qui replace le conflit actuel dans une perspective de long terme, celle d'une possible transformation du Moyen-Orient si les forces qui contestent le pouvoir des mollahs parviennent à prendre le dessus.
